Civilisation du poisson rouge, la décadence en action

La civilisation du poisson rouge

Voilà un essai, qui nous pousse à la réflexion et qui creuse les travers et les dangers de cette civilisation du poisson rouge, qui n’en finit pas de s’étendre.

Eric 18/05/2022

Après son premier essai, Bruno Patino revient ici avec un livre qui fait tout autant peur que cette civilisation du poisson rouge.

Tempête dans le bocal. La nouvelle civilisation du poisson rouge. Patino Bruno

Paris. 2022. Editions Grasset. 216 p.

La civilisation du poisson rouge tome 2, la présentation de l’éditeur 

Nous avons quitté le poisson rouge dans son bocal numérique : parfaitement libre, ouvert à tout, mais incapable de grandir, en difficulté pour se concentrer plus de 8 secondes, épuisé par le temps qui file et par les sollicitations infinies. Et travaillé par les algorithmes… Et nous l’y retrouvons, après une expérience mondiale inédite : un poisson rouge confiné, sauvé par sa capacité technique à échanger, travailler, regarder, garder le contact, se divertir… et découvrant, en accéléré, sa prison numérique – libre de tout connaître mais perdant le désir ; parlant à tous et chacun, mais avide de rencontres véritables ; le dos tassé, les yeux rougis, continuant la vie avec un léger sentiment de vide et d’attente….

Impossible de rembobiner, comme dans un film américain : à nous de faire avec cette nouvelle civilisation, qui nous a emportés et transformés en vingt ans. Déconnecter est un leurre : mais lutter avec souplesse ; transformer nos façons de faire, de connaître, d’aimer ; se chercher des rites ; réformer notre langage ; déjouer l’Intelligence artificielle ; et surtout, se créer une plage de temps à soi, chambre virtuelle, mains vides, regards vers le ciel : telles sont les leçons et pistes possibles de cet essai bref, incisif, majeur. D’une méditation sur le temps à un souvenir de wifi en panne, d’un petit déjeuner avec Zuckerberg à une méditation sur les stages de déconnexion durs du patron de Twitter, d’une addiction personnelle à une promenade en forêt sans écran…. Libérez-vous. Renaissez. Petit poisson rouge deviendra grand…

La civilisation du poisson rouge, tome 2 mon avis :

Le service for data avait le goût et l’apparence de la quasi-gratuité.

Difficile de donner un avis sur un essai, confirmant ce que nous pressentons depuis tant. Nous savions, depuis le dernier opus, que nous sommes devenus de véritable poisson rouge. L’économie de l’attention, apparue au début du XXème siècle avec la radio, a explosé avec Internet et les réseaux sociaux. Mais, l’auteur va plus loin en nous dévoilant une approche et une analyse certes plus personnelle mais toute aussi étayée. Je m’horrifie en découvrant la dysmorphie Zoom, cette tendance de chirurgie esthétique décidée après des mois de visioconférences. La crise sanitaire ne nous a pas calmé bien au contraire.

« Un monde riche en message est un monde pauvre en attention disponible, les premiers se mesurant en unités informatiques (bits), la seconde en temps humain non occupé.

Nous ne savons plus attendre, et chacun veut s’exprimer pour être à l’origine de l’information, quitte à ce que cette dernière ne soit pas vérifiée, quitte à ce que cette dernière soit une fake news. Vous vous épouvanterez comme moi, en sachant qu’une petite poignée d’auteurs sont à l’origine d’un trafic colossal sur les réseaux sociaux, car on veut aussi partager et être vivant.

Un seul mot compte : s’exprimer. Mais regarder n’est pas adhérer, et partager n’est pas croire.

On partage sans se soucier de la véracité, et on partage sans réfléchir pour exister, pour ne pas se sentir exclus. Nous connaissons tous le danger de ces réseaux, et de leur viralité et pourtant, la « normalisation de la déviance », une théorie fort bien expliquée ici, nous amène àç considérer ces dangers comme supportables et même légitimes.

«Elles ont changé notre monde en mettant tous les points de la planète à un geste du pouce ou de l’index, et en nous plongeant dans une immédiateté perpétuelle qui malaxe et brise les strates de nos mémoires. »

On s’effraie donc à la lecture de cet essai, et on se dit qu’il est déjà trop tard. Après la dysmorphie Zoom, l’auteur nous met en garde contre cette peur panique d’être oublié sur les réseaux, celle qui pousse tout un chacun à réagir à chaque notification, l’Athazagoraphobie

Le temps devient à la fois ressource et l’objet de nombreuses transactions.

Il m’est impossible de lister toutes les thématiques, qui mériteraient de l’être, mais la défiance vis-à-vis des médias traditionnels et des Institutions raisonne étrangement face à la viralité de ces théories di complot. Notre attention est ailleurs, et nous n’avons plus le temps de distinguer le bien du mal, le vrai du faux, …

« Voleur de temps, il [Facebook]  a contribué à installer l’économie de l’attention de façon la plus spectaculaire possible.

Un livre édifiant donc,, qui vous demandera plus que 3 secondes d’attention, pour prendre conscience de ce danger, pour s’informer de réalités (75 % du trafic chinois reste en Chine, quand seuls 25 % du trafic reste en Allemagne ou en France. A l’heure du patriotisme économique, cela interroge), ou parfois pour sourire …jaune (l’exemple de la ville de Bitche n’est pas hilarant mais quand même ….)

 

 

Et vous, Internet, les réseaux sociaux, … vous en pensez quoi ?

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