GREBE Camilla, l’ombre de la baleine, une intrigue aux multiples rebondissements

Cela m’amuse de voir les trésors d’imagination, déployés par les maisons d’édition, pour faire parler de leurs dernières publications. Et en publiant un teaser vidéo pour présenter le thriller de GREBE Camilla, les responsables de Calmann Lévy n’ont pas fait preuve d’une imagination débordante :

L’Ombre de la baleine. 2018 GREBE Camilla. Traduit du suédois par POSTEL Anna

Paris. 2019. Calmann Lévy. Coll. Calmann Lévy Noir. 443 p.

L'ombre de la Baleine, un thriller à lire de Camilla GREBE
L’ombre de la Baleine, un thriller à lire de Camilla GREBE

Présentation de l’éditeur de ce thriller palpitant de GREBE Camilla

Quand des cadavres de jeunes hommes échouent sur les côtes de l’archipel de Stockholm, la jeune flic Malin et son supérieur, Manfred, sont missionnés pour résoudre ce sombre mystère. Hélas, chacun est plus vulnérable que d’habitude : Malin est très enceinte, et Manfred meurtri par le terrible accident qui a plongé sa petite fille dans le coma.

En parallèle, nous rencontrons Samuel, adolescent rebelle, dealer à mi-temps, élevé par une mère célibataire aussi stricte que dévote. Sa vie bascule quand celle-ci jette à la poubelle des échantillons de cocaïne que le baron de la drogue de Stockholm lui a confiés.

Alors que Samuel trouve une planque idéale sur la petite île de Marholmen, où il est embauché par la jolie Rachel pour devenir l’auxiliaire de vie de son fils Jonas, Malin et Manfred font fausse route. Mais toute leur enquête change de cap le jour où la mère de Samuel signale enfin sa disparition…

Une triple narration redoutable qui confirme à nouveau le talent exceptionnel de Camilla Grebe pour tisser des intrigues complexes. Fausses pistes et retournements incroyables côtoient une réflexion passionnante sur la fragilité de l’adolescence et de la filiation. Un grand cru, pour une grande dame du polar, désormais couronnée du très prestigieux Glass Key Award.

Mon avis sur cette Ombre de la Baleine (Mai 2020)

 Parlant du portable et du Smartphone, Camilla Grebe résume cette vision des choses, que je partage :

Le monde est à l’intérieur, sous la coque argentée. La vie est là-dedans.

Je vous l’avais signalé il y a quelques semaines, mais j’étais tombé sous le charme de Camilla Grebe lorsqu’au hasard du confinement, j’avais dévoré son thriller L’archipel des Larmes. Je me promettais à l’époque de ne pas ignorer plus longtemps cette auteure suédoise de talent, plébiscité par de nombreux jurys littéraires à travers le monde. Je ne suis pas si méthodique que cela, puisque j’ai choisi un second titre par hasard, mais il me pesait de vérifier par moi-même si le talent de cette auteure était durable et continu. C’est dans cet état d’esprit donc, que j’ai commencé L’ombre de la baleine. Je ne fais pas durer le suspens plus longtemps. Camilla GREBE a du talent à revendre. Nous voilà donc de retour dans l’archipel de Stockholm, où nous retrouvons Malin (retrouver n’est pas le bon terme puisque par définition, l’intrigue du dernier est antérieure au second). Cette jeune policière enceinte n’est pas aidée par son collègue Manfred, déchiré par un drame personnel cataclysmique.

Ma mère était belle, peut-être trop belle pour son bien. En outre, elle refusait d’obéir à mon père.

Quel rapport entre ces policiers et mère de famille, Pernilla, dont la rigueur religieuse a éloigné son fils Samuel ? La question se pose certes, mais l’énigme se complique encore un peu plus quand on lit avec tristesse le désarroi de Rachel, une veuve ravissante contrainte de s’occuper de son jeune fils handicapé, Jonas.  Je déteste lever le voile sur une intrigue, et ne vous inquiétez pas je ne m’essaierai pas aujourd’hui encore à divulgâcher (le terme existe puisqu’il est censé remplacer le spoiler si apprécié de nos ados). En revanche, celles et ceux qui l’ont lu, je partagerai avec plaisir un moment de partage autour de cette intrigue qui en masque bien d’autres. (eric@avantage-de-age.fr). Sans ne rien divulguer, on comprend alors la raison de ce titre improbable, nous souvenant du récit biblique de Jonas et la baleine.

« Les gens ne se regardent-ils plus ? Sommes-nous obsédés par nos portables et nos selfies au point de ne plus nous intéresser à notre prochain ? »

Par petites touches, Camilla Grebe nous dresse donc des portraits croisés, faisant la part belle aux questions autour de la filiation,  de la parenté. Entre une mère qui se bat pour que vive son enfant et l’horreur d’un père   s’autoflagellant de son imprudence vis-à-vis de son propre enfant, les questionnements se croisent, s’entrechoquent et se contredisent même parfois. Et l’auteure n’épargne pas ses contemporains en multipliant les attaques contre une société devenue futile ( et le terme est faible) :

« La société a changé, les structures sociales ont éclaté, la plus petite unité n’est plus la famille, mais l’individu. (…) Il y a une forte corrélation entre la dépendance aux réseaux sociaux et le comportement narcissique. (…) Comment évolue notre vision du monde si nous expérimentons les choses à travers un intermédiaire au lieu de les vivre ? »

Un coup de canif porté à la religion, un tir à boulets rouges sur la futilité d’une époque trop axée sur l’apparence des réseaux sociaux (Cela me fait penser à un autre écrit) ,  un questionnement (trop hâtif à mon goût) sur le déterminisme, … et voilà un thriller magique, qui m’a passionné d’un bout à l’autre. Camilla GREBE est décidément une très grande de la littérature moderne, et comme vous pouvez déjà vous en douter, je ne manquerai pas de vous en reparler, certains de ses anciens ouvrages étant déjà sur ma liste des livres de chevet.

Mon genou me fait un mal de chien, et l’humanité est clairement en train de tomber en décadence, de sombrer dans un narcissisme de plus en plus exacerbé.

 

Et vous, dites-moi vite votre sentiment sur ce thriller de GREBE Camilla ou sur un autre ?

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