Informer c’est choisir. La hiérarchie de l’information, une menace ou pas ?

Journalisme et hiérarchie de l'information

Depuis 4 semaines, la guerre en Ukraine mobilise toute notre attention et plus encore celle des médias. Et nous passons ainsi à côté d’informations cruciales. Ah la hiérarchie de l’information….

Eric. 17 mars 2022

Je ne vais pas vous parler des métiers du journalisme ni même du choix éditorial de certains périodiques. Il vous suffit de vous pencher sur la semaine de la presse pour comprendre que le métier de journaliste est entièrement tourné du côté de l’Ukraine ces derniers jours. Presse écrite, journal télévisé, radios ou Webradio, … on pourrait croire qu’il n’existe plus qu’un seul rédacteur-en-chef, déterminant cette sacrosainte hiérarchie de l’information. Qu’un journaliste professionnel, ayant choisi ce métier de reporter, suive cette ligne éditoriale, on peut le comprendre, mais qu’un journaliste spécialisé en sport, en cuisine, ou en culture veuille réveiller notre esprit-critique en pointant tel ou tel aspect de ce conflit, je m’en étonne. Et pourtant, les enquêtes journalistiques répondent à un et un seul impératif : intéresser les lecteurs de la presse écrite, les auditeurs ou spectateurs des radios et autres chaines télé.

Hiérarchiser l’information, quand les métiers de la presse interrogent l’opinion publique

 

La couverture médiatique n’est qu’un choix éditorial, et ce choix repose sur cette hiérarchie de l’information. Les rédacteurs-en-chef vont donc sélectionner les sujets à traiter dans l’actualité. Le journaliste de radio ne travaille certes pas de la même façon que le journaliste du journal régional mais en revanche, tous les journalistes respectent cette hiérarchie de l’information. En d’autres termes, parce qu’on ne peut pas informer de tout, on choisit les sujets devant être couverts. Vous allez me dire, qu’il n’y a rien de choquant. Détrompez-vous !

Cette hiérarchisation représente en soi une dérive, puisque les compétences journalistiques sont mises au service des « sujets qui intéressent ». Le journalisme d’information doit nécessairement, pour couvrir l’actualité, traiter de la guerre en Ukraine. Mais doit-on voir chaque média se placer en édition spéciale (BFM-TV pour commencer mais aussi la presse traditionnelle) depuis 4 semaines ? La pratique journalistique ne voudrait-elle pas qu’on doive informer sur les autres sujets ?  

Il faut savoir être critique de l’information délivrée, et je pense l’être. Dit-on nécessairement évaluer la qualité journalistique au nombre de lecteurs, au nombre de spectateurs, au nombre d’annonceurs, …. ? La liberté de la presse est un droit fondamental, mais peut-on accepter qu’il soit ainsi dévoyé ? Les termes sont dérangeants, je le reconnais amplement, mais la pratique journalistique ne peut (ou ne doit) elle pas être remise en cause ?

Former les journalistes ou former les citoyens ? Un choix déjà fait depuis trop longtemps

 

Je n’ignore pas que le discours des journalistes n’est pas le même d’un journal à l’autre, d’un support à un autre. Tous les médias d’information auraient donc une analyse différente de la guerre en Ukraine. Je remarque que nous ne sommes plus alors dans le domaine de l’information mais bien de l’analyse. Mais le travail des journalistes n’est-il pas d’informer, d’éclairer ? N’est-ce pas l’enseignement dispensé en École de journalisme ? Cela pose en passant (et il me faudra y revenir) la question de la définition du métier de journaliste ? Comment rassembler le pigiste des grands journalistes de guerre, le journaliste freelance du présentateur audiovisuel, le journaliste indépendant du journaliste rédacteur pour des magazines spécialisés dans l’automobile, … ? Faut-il chercher une réponse du côté de la déontologie de la profession ? Ou doit-on se contenter de vérifier la possession d’une carte de presse ? D’un diplôme en journalisme ?

Le journalisme est un métier certes, mais il faudrait s’accorder pour le définir. J’estime que l’éducation aux médias est largement insuffisante, tout comme j’estime que la culture générale est trop souvent raillée plutôt que d’être valorisée comme l’essence même du sens critique. Et tout est lié. Le discours des médias est bien trop formaté, et même les différences d’angles de traitement de l’information s’effacent devant des techniques journalistiques trop massivement dupliquées d’une rédaction à l’autre. Ce n’est pas un coup de gueule, mais un appel au réveil et à la critique des médias. Une colère, qui m’en rappelle une autre. A l’époque, il y a 30 ans, j’avais l’avantage de l’âge car j’étais jeune et idéaliste probablement. L’activité journalistique autour du génocide des Tutsis au Rwanda  m’avait profondément impactée et choquée. Vous me direz, qu’il y avait des raisons d’État …. Soit, et aujourd’hui, vous ne pensez pas que ces mêmes raisons d’Etat sont à l’œuvre pour ce qui concerne l’Ukraine.

Et vous, vous êtes-vous déjà interrogé sur cette hiérarchie de l’information ? Cela vous gêne-t-il ?

Restons en contact

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.