Le livre et le marché de l’édition, un déconfinement sous tension

Si vous êtes un habitué de ce site, vous connaissez désormais ma passion pour l’écrit. J’évoque régulièrement mes coups de cœur mais aussi mes déceptions s’agissant des livres, que je dévore toujours avec autant de passion.  Je vous ai ainsi déjà parlé de Mireille Calmel et de ses récits qui m’enchantent. Mais cette passion de l’Ecrit, oui, oui avec un E  majuscule, me pousse aussi à m’intéresser au marché de l’édition. Là encore, c’est sans surprise que vous connaissez déjà ma position pour défendre les libraires indépendants. Je lançais même un appel récemment pour sauver les librairies indépendantes et vous n’avez qu’un geste à faire : acheter vos livres chez ces librairies. Et oui, parfois, les gestes les plus simples sont les plus efficaces … 🙂

Le marché de l’édition en souffrance, des lendemains tristes en perspective

 

Avec le confinement et le « déconfinement » qui s’annonce long et douloureux, le livre souffre. C’est ce que confirme le Syndicat National de l’Edition (SNE). Les librairies ont du fermer leur porte brutalement le 17 mars dernier, le livre n’étant pas considéré comme un bien essentiel (et là, je m’insurge et proteste mais à quoi bon !). La fermeture des librairies a amené les maisons d’édition à suspendre voire même à reporter leurs sorties hebdomadaires. Selon le SNE, le secteur devrait connaitre un recul de l’activité de 20 à 30 %.

Pire que cela, les libraires étant fermés, et les français confinés chez eux et donc plus enclins à lire un bon roman, le marché a donc du se tourner vers des géants de l’e-commerce, Amazon, la Fnac, … décidément encore un coup dur pour les librairies indépendantes et pour le livre de manière plus générale.

Baisse historique du nombre de parutions, le livre une denrée rare ?

L’activité devrait retrouver un semblant de normalité, sauf que …. Les livres non parus pendant ces deux mois d’arrêt ne vont pas venir inonder les librairies, qui veulent déjà écouler les livres nouveaux reçus en …Mars. C’est un embouteillage que connaissent donc les librairies. Et  on entend déjà les librairies et les éditeurs appeler à s’interroger sur l’exception culturelle française. En d’autres termes, ne publierait-on pas trop de livres en France de manière générale (hors confinement s’entend) ? Bien évidemment, le rythme de parutions est effréné, mais cela permet de donner sa chance à un nombre exceptionnel d’écrivains et de jeunes auteurs. Les défenseurs de cette moindre production soulignent qu’en réduisant l’offre, on laisserait plus de temps aux libraires de faire vivre le livre. J’entends cette remarque pleine de bon sens. En revanche, d’autres arguments me sont plus innés que ceux-ci.

Le livre, la Culture à l’état brut en danger  

Premièrement, et au risque de me répéter, en prenant la décision de ralentir le nombre de parutions, ce sont de jeunes écrivains ou des auteurs jamais édités qui vont en pâtir. Maxime Chattam ne devrait pas avoir trop de mal à faire éditer son prochain livre …Je n’ai rien contre ces « grands » auteurs mais quand même.

Deuxièmement, que risque-t-il de passer si les maisons d’édition sont contraintes de réduire leur offre ? Sociétés capitalistiques, elles vont privilégier les livres prometteurs, ceux qui  ont plus de chance que les autres de décoller au niveau des ventes. La sélection ne sera pas élitiste alors mais sera bien basée sur les chiffres de vente.

Et n’est-ce pas ce que je ne veux pas ? La sélection par le chiffre, alors que l’on parle de mots. C’est un danger, qui menace et même si je vais personnellement m’engager pour éviter cette déperdition de la culture française, j’ai peur que nous ne soyons pas assez nombreux.

Je ne pouvais pas terminer sans évoquer deux autres problématiques qui m’interpellent et me questionnent. Contrairement à la menace de la disparition du livre proférée il y a plusieurs années, l’e-book reste très minoritaire (et heureusement, car quel plaisir de tenir une tablette en main comparé à celui qui nous envahit quant on feuillette des pages). De 2 % de part de marché, il est passé à 4 % du marché après confinement.

Le livre, un bien précieux à l'avenir incertain
Le livre, un bien précieux à l’avenir incertain

En revanche, je me désespère en voyant les revendications des libraires indépendants. Ils ne sont pas entendus et pourtant. Pourquoi ne bénéficient-ils toujours pas de tarifs imbattables pour l’envoi postal de leurs ouvrages. Amazon se targue de livrer gratuitement et en un temps record avec une puissance logistique exceptionnelle, et les libraires doivent faire face à cette concurrence déloyale et en plus s’acquitter des frais de port souvent prohibitifs pour être bien placé.

Je ne suis pas un socialiste dans l’âme demandant la réglementation de l’économie, mais quand même ….

Et vous, le marché du livre, vous êtes plutôt optimiste ou vous êtes comme moi avec des idées sombres ?

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