McKenzie et sociétés de conseils ? Gabegie financière ou drame de la fonction publique ?  

McKenzie, quand les conseils font vaciller l'Etat

Le McKenzie Gate !  Depuis quelques semaines, on dénonce le recours aux sociétés de conseil et on laisse entendre que l’Etat ne serait pas très regardant. Selon moi, cette réalité masque une dérive bien plus dangereuse. Vous en rendrez-vous compte ?

Eric. 03/04/2022

Le McKenzie Gate, voilà bien un dossier, concentrant l’attention des médias, qui souligne, à mes yeux, l’absurdité de notre époque. Depuis quelques jours, les médias s’empressent de commenter ce rapport sénatorial, dénonçant la prolifération des missions, que le gouvernement actuel a confiées à de prestigieuses sociétés de conseils. Je reviendrai sur le sujet, puisque j’ai entamé la lecture de ce rapport indigeste et consternant.

Mc Kinsey en est donc devenu l’emblème, et on nous souligne comment les consultants de cette référence américaine ont aidé le président actuel, Emmanuel Macron, au cours de sa première campagne présidentielle en 2017. Cela laisse supposer déjà un conflit d’intérêt manifeste. Comment pourrait-on ne pas faire le lien entre cette « aide gracieuse » et le « retour de bâton » ?  Le phénomène n’est pas nouveau, et notre ancien président, M Sarkozy, avait déjà sollicité ces sociétés de conseils. En revanche, on n’avait jamais connu une telle délégation des tâches. Le rapport sénatorial a ainsi répertorié 945 missions (et elles ne sont pas toutes connues) depuis 2018, et pour l’année 2021, ce consulting aura coûté à l’Etat la bagatelle d’un milliard d’euros. Une aubaine pour un citoyen comme moi, prêt à dénoncer les dérives d’une société ayant perdu tous ses repères. Pas si sûr !

Ne comptez pas sur moi pour crier au loup, car si je pressens un grand danger à ces dérives, ces dernières ne sont pas à rechercher dans une éventuelle gabegie financière. Ou du moins pas seulement !

Les sociétés de conseils, une dépense inutile ? Ou un ROI incalculable ?

 

Pour commencer, je m’étrangle en découvrant qu’une grande partie de ces dépenses est en réalité consacrée à faire travailler des Experts de la Toile, que l’Etat peine à recruter. Au vu de la pénurie de talents des métiers du numérique, force est de constater que les salaires de la fonction publique ne seront pas suffisants pour attirer les profils les plus compétents dans les années à venir. Cela signifie que cela va donc perdurer, et que nous nous continuerons donc à payer au prix fort le recours à des spécialistes du privé, que la sphère publique est incapable d’attirer. La question mérite d’être soulevée.

Passons ce détail et revenons aux véritables missions de conseils. L’Etat paie donc une expertise, un coaching, qu’il ne parvient pas à trouver en interne. Il peut s’agir, selon les propos officieux des politiques interrogés,  de suivre de nouvelles idées ou d’aller vite dans l’étude d’une problématique ou de faire appel à une véritable expertise. Quand les sénateurs dénoncent un « système tentaculaire », tous s’offusquent de dépenses inconsidérées. Mais la question n’est pas ici, selon moi.

Faire appel à une société de conseil, un aveu d’impuissance

 

On a élu un président de la République en 2017 sur un programme. Qu’on soit pour ou contre, on doit donc le laisser s’exécuter. Pour cela, on peut supposer qu’il s’appuie sur les hauts fonctionnaires de l’Etat. Et c’est ici que le drame réside à mon avis. Le président de la République ne pourrait donc pas compter sur ces hauts fonctionnaires, puisqu’il doit faire appel à des sociétés de conseils. Et là, les poissons rouges, que nous sommes devenus, devraient donc se réveiller. Ou alors ces hauts fonctionnaires sont incompétents et ne servent à rien. Cela expliquerait alors l’inertie de nos administrations et le capharnaüm des démarches administratives. Ou alors, ces hauts fonctionnaires sont compétents, et cela impliquerait que le président de la République serait inconséquent et irréfléchi. Les accusations de favoritisme, de conflits d’intérêt …trouveraient alors tout leur sens.

Je ne trancherai pas, car comme d’habitude je préfère vous amener à vous faire votre propre idée, à interroger les faits et votre conscience. (Combien prendront le temps de lire ce rapport ?)

En revanche, un autre éclairage mérite d’être amené. Je n’interprète rien, mais vous livre simplement un « triste » constat. Entre 2006 et 2018, l’Etat Français a perdu 180.000 fonctionnaires. Vous savez ces promesses électorales de mieux gérer notre budget, voilà les conséquences de telles promesses.  Mais à bien y réfléchir, si on saigne les effectifs, naturellement, la force de travail se réduit d’autant et cette réduction conséquente peut donc expliquer en partie la nécessité d’aller chercher les talents ailleurs.

Alors, quand en 2022, en ce moment même, des candidats vous expliquent que leur politique amènera à la suppression de 10 ou 15.000 fonctionnaires, interrogez-vous et demandez-vous si cette disparition des compétences en interne ne va pas causer, dans les années à venir, des problématiques encore plus importantes.

Vous avez les cartes en main désormais. Alors d’après vous, ce McKenzie Gate, à quel niveau cela doit-il nous inquiéter ?

 

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