Sophie Endelys nous enchante avec Les Gardiennes du Silence

Je suis un bibliophile et bibliomane, alors depuis des années, des maisons d ’éditions es sites Internet me proposent l’envoi d’un livre pour une critique. Et l’opération Masse Critique de Babelio et des Presses de la Cité ma permis de découvrir ce roman passionnant de Mme Sophie Endelys. Un véritable coup de cœur et même bien plus, que je vous invite sans plus attendre à découvrir.

Les Gardiennes du Silence 2018 Endelys Sophie

Paris. Les Presses de la Cité. 394 p.

 

Présentation de l’éditeur pour Les Gardiennes du Silence :

Les livres ont-ils leur propre destin ? Chloé, archiviste-bibliographe, se passionne pour les livres anciens depuis la mort de ses parents. Son père venait de publier Le Pont des Soupirs, le roman qui l’a rendu célèbre et dont elle conserve avec amour le tapuscrit original relié. Elle a déniché récemment dans la maison familiale un trésor : les Mémoires d’un artisan ayant fui l’atelier saccagé de Gutenberg en 1462 à Mayence, emportant avec lui le secret de ses encres. Ce manuscrit pratiquement illisible, Jeffrey, le mari de Chloé, s’y intéresse de bien près, de si près même qu’elle le tue sans tout à fait le vouloir. Où s’enfuir ? Elle élit Heldenskøn, petite île où son père vécut jusqu’à ses vingt ans, lieu de cure réputé et probable paradis fiscal. Chloé y découvre un monastère perdu dans la lande qui fait écho à l’histoire contée dans l’étrange manuscrit, tout comme au roman à clé de son père. Que cache la légende de l’île ? Chloé cherche à percer ces mystères. Et quand elle prend conscience du secret enfoui dans le monastère, son destin bascule… Le charme et l’esprit de l’écriture, combinés à l’intelligence de la construction, font de ce roman jubilatoire un suspense original et savoureux.

Née à Paris, et installée actuellement en Normandie, Sophie Endelys a été juge au tribunal de grande instance de Paris et mène une carrière de magistrat tout en se consacrant à l’écriture.
Elle a publié trois romans, Du gypse, du plomb et une légère odeur de fraise (Fayard, 2003), Diététique et balle perdue (Plon, 2007) et La Brodeuse des ombres (Denoël, 2013). Elle a aussi raconté ce qu’est le quotidien d’un juge dans Salle des pas perdus (Plon, 2012).

 

Mon avis sur ce roman de Sophie Endelys (Novembre 2019)

 

Je commence, une fois n’est pas coutume, par remercier les Editions des Presses de la Cité et Babelio, qui m’ont permis, à travers leur opération Masse Critique, de découvrir ce roman de Sophie Endelys, qui figure désormais dans la liste de mes livres fétiches …. Passionné d’écriture et de lecture, comment pourrait-il en être autrement, quand l’héroïne de cette intrigue n’est autre qu’une archiviste-bibliographe. Autant dire que l’écrit va être au cœur de ce roman, et ce pressentiment n’est jamais démenti au cours de ma lecture.

Un véritable coup de cœur, tant l’auteur réussit à nous plonger dans son univers, celui des livres, parfois évoqué avec une pointe d’humour (« Hélène, qui n’est pas Hélène de Troie mais qui est belle quand même (…) ». L’écrit et l’imprimerie, puisque l’ouvrage est dédié à Johannes Gutenberg ; impliquent des voyages dans le temps à la découverte d’un mystérieux manuscrit. Ne vous inquiétez pas, les allers retours entre passé et présent sont fort bien maitrisés, et l’auteure ne se perd pas en se concentrant sur la découverte de ce monastère, consacré à la sauvegarde du savoir universel. Une ode contre les autodafés en tout genre, le roman avait tout pour plaire. L’auteure maitrise le contexte et l’histoire, ajoutant ici ou là des   touches teintées d’humour (encore une fois, le livre n’en manque pas mais on peut le comprendre au vu des emprunts faits à des génies de la littérature). On tremble en suivant Paco, qui nous fait sourire quelques pages plus loin « entre les yeux du barbu, stupéfait de mourir en déféquant ».

L’intrigue amène Chloé, dont on ne sait si il faut la qualifier de meurtrière ou non, à nous guider sur l’histoire de ces deux abbayes. Une abbaye de femmes, qui aujourd’hui abrite, loin des regards, des vestales dédiées à la seule cause de la préservation de la mémoire humaine. Mais cette même Chloé s’enflamme pour expliquer que sa « passion des livres est une addiction ruineuse qui tend à une quête jamais satisfaite de posséder le meilleur. Le bibliomane est bibliomaniaque » . Voilà en quelques mots résumé le plaisir intense et le désastre de ma vie, alors comment voulez-vous que cet ouvrage ne figure pas au panthéon de mes lectures favorites.

Quant à l’évocation de tous les comités, composées de vestales au chant muet si attrayant (cela en fait beaucoup des mystère) cela nous renvoie au génie humain, dont ces vestales ont la charge. Et ces Blanches nous font rêver sous la plume de Mme Endelys. « Sans enfants, sans maris, sans loisirs, sans vacances, sans argent, sans impôts, sans guerres et sans tous ces emmerdements dont la vie quotidienne fourmille, les Blanches, unies dans un même destin, ont déployé une énergie considérable. «

Dans cette intrigue , le présent côtoie sans cesse le passé, et la préservation du savoir, un rêve cher à l’humanité, se développe à l’ombre de l’eugénisme ambiant. Les femmes sont à la fois les héroïnes et les méchantes du récit, puisqu’ Axel Mossel (pour savoir qui il est, laissez-vous guider par l’auteure) « publie une thèse où il attribue la dégénérescence des populations à la dépravation des femmes. » Les adeptes et afficionados du Metoo sont déjà en train de préparer le bucher.

C’est un véritable plaisir, qui m’a accompagné durant les quelques soirées consacrées à la lecture de ce roman. Car si les livres sont bien les héros de ce dernier, les femmes n’en demeurent pas moins mises en avant, et quand Blanche Juliette se félicite de sa situation actuelle en ne regrettant pas le temps d’avant « Elle se heurtait à un mal-être généré par les impératifs du développement personnel. Réussir sa vie, devenir soi-même lui donnait le mal des hauteurs. «

Vous l’vez déjà compris, c’est un véritable coup de cœur que ce roman qui m’a fait frissonné d’un bout à l’autre. J’ai lu les critiques quant au style de l’auteure, que je ne condamne pas mais avec lequel j’ai fait mon affaire. Le style est ciselé et bien rodé.

Je suis encore sous le charme en écrivant ces quelques lignes, me disant que quelque part, une Blanche se prépare à archiver ma critique …..

Et vous, donnez-moi vite votre avis…. !                  

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